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PLUS BELLE LA VIE AU MAROC.
Desembre del 2009.
   
Les héroïnes de cette traversée des sables, de g. à
dr. : Laetitia Milot (Mélanie), Sylvie Flepp (Mirta),
Cécilia Hornus (Blanche) et Rebecca Hampton
(Céline).

La tentation du Maroc.

«Pour ce cinquième prime, on a eu envie d’apporter
un peu de soleil et d’exotisme, explique Toma de
Mattéis, directeur artistique. Au regard de l’identité
marseillaise, le Maghreb était une évidence. On a
choisi le Maroc pour la richesse des paysages, et
parce qu’ils ont l’habitude des super productions
hollywoodiennes. Ils sont très pros.» La destination,
facile d’accès, permet aux comédiens d’éventuels
allers-retours avec les studios français où l’on tourne
toujours la quotidienne. «Et un arrangement financier
avec l’office du tourisme a réduit les coûts», précise
le producteur, Hubert Besson. Restait donc à trouver
la bonne histoire. «Alors que l’innovation du
feuilleton était de mélanger les tons — comédie,
policier, sociétal —, le prime est un concentré
d’action, il s’attache à un genre. Cette fois, on est
dans l’aventure, le thriller», reprend-il. Autre
postulat: tricoter une intrigue autour des héroïnes.
Pour la pub, n’oubliant pas la fameuse ménagère
convoitée par les annonceurs, mais aussi pour
changer du fonctionnement habituel par couple ou
par famille. On cible tous les styles et les tranches
d’âge: Mélanie, la trentenaire bimbo, serveuse au
Mistral; Céline, la working girl, directrice d’une
agence immobilière; l’institutrice, quinqua et mère
de famille recomposée avec Blanche; et Mirta, la
grand-mère réac’ mais généreuse. Sans compter la
réapparition, dans l’intrigue secondaire, du
personnage de Nathan, Thibaud Vaneck, pour les
28% de parts de marché touchés sur les ados.
Manque la rock’n’roll Luna, la comédienne, enceinte,
ayant dû s’absenter des plateaux. «On couvre ainsi
des caractères très différents, peu habitués à jouer
ensemble, éclaire Georges Desmouceaux, directeur
d’écriture. Ça donne du peps, autant quand ça roule
que quand ça va mal.» Ce qui tombe bien car, très
vite, tout dérape. Parties en vacances, Mélanie,
Sylvie et Mirta ne parviennent pas à se débarrasser
de Céline, venue vérifier l’avancée d’un chantier.
S’ajoutent aux incompatibilités de caractère, des
histoires de cœur, de jalousie, des meurtres… Tout
cela sur fond de désert. Frissons garantis.

Le feuilleton préféré des Français a quitté la
Canebière pour le désert.

Une chambre d’hôtel à Zagora, dans le Sud
marocain. 4 h 30 du matin. Sylvie Flepp se retourne,
soupire. Impossible de dormir avec l’appel à la
prière. Tant pis, « Mirta » revoie son texte, avant de
rejoindre ses camarades : Cécilia Hornus, Rebecca
Hampton, Laetitia Milot et les maquilleurs,
ingénieurs du son, cadreurs, perchistes... Cinquante
personnes, dont trente Marocains. 5 h 40 : il faut y
aller. Il fait nuit noire. L’équipe doit être prête à
tourner dès le lever du soleil, et le décor est à
cinquante minutes de route. Dans deux heures, alors
que les touristes partiront en expédition dans le
Sahara, bob sur la tête et gourde dans le 4 x 4, les
héroïnes de « Plus belle la vie » joueront les
égarées, mortes de soif en pleine traversée du
désert.

7 h 30. On s’agite dans le car-loge. De la poussière
dans les cheveux, une pointe de violet sur les
cernes, du crayon rouge sous les yeux et des
cristaux de menthe qui font pleurer : les
aventurières ont l’air au bout du rouleau. « Ça nous
change des petites robes et des escarpins »
s’enthousiasme Cécilia Hornus, pas mécontente de
sortir de sa cuisine du Mistral. « Ici, le cadre et la
lumière sont plus flatteurs que l’hôtel verdâtre dans
lequel je joue d’habitude », ajoute Sylvie Flepp. Une
fausse piqûre de scorpion par-ci, un tee-shirt déchiré
par-là, et quelques pschitts d’eau pour marquer la
transpiration. Plus qu’à se rouler dans la terre pour
être bien sale. On vérifie, photo à l’appui, que les
raccords sont bons : « J’avais le chèche à la main ou
autour du cou ? »

IL FAIT 30 °C, LE LATEX SE DÉCOLLE, LA
GLYCÉRINE IMITANT LA SUEUR ATTIRE LES
MOUCHES...

8 h 30. Il est temps de grimper au sommet de la
colline où trône une magnifique casbah habillée de
toiles d’araignée. Philippe Carrese, le réalisateur,
explique les déplacements. L’accent marseillais
chante entre les murs ocre de pisé. Le temps de
quelques réglages techniques, Richard Guedj, le
directeur d’acteurs, propose une répétition. « Après
cinq ans à incarner le même personnage, on risque
d’être monotone. Pour donner de la vie à leur jeu, je
demande souvent aux comédiens de s’occuper les
mains, de couper des tomates ou de croquer dans
une tartine. Mais ici, l’action suffit : chaque scène
dure entre vingt secondes et une minute dix. » Et il
ne faut aux interprètes que trois ou quatre prises
pour avoir la bonne. Seules deux caméras
enregistrent les plans : serrés sur les visages lors
des dialogues, plus larges pour les situer dans
l’espace. Pas de grue, faute de temps, mais
quelques vues de paysages, quand l’histoire les
justifie. « Sylvie et Cécilia, faites un pas de côté
pour qu’on voie la palmeraie », demande d’ailleurs
le réalisateur.

« On y va après la charrette ? » Sans
postsynchronisation, le son est pris directement sur
le tournage. Pas question d’enregistrer un âne qui
brait ou un bruit de circulation. « Hier, alors que
nous étions censées être loin de toute civilisation, le
béguètement des chèvres ponctuait toutes nos
répliques, s’amuse Sylvie. Va faire taire une chèvre
! » Les heures passent, le soleil tape. Sans vent, il
fait plus de 30 °C. Le latex simulant les lèvres
gercées se décolle ; la glycérine imitant la
transpiration sur la peau des actrices attire les
mouches... Malgré un rythme effréné, qui ne laisse
que des mini-pauses pour avaler un sandwich,
l’équipe garde sa bonne humeur. « Les deux
semaines de repérages n’ont pas évité les surprises,
admet le réalisateur. Un jour, on a arrêté d’urgence
des bulldozers sur une route où l’on tournait. Le
lendemain, le décor a été piétiné par un groupe de
touristes venus faire des balades à dos de
dromadaire ! » Il a fallu improviser, enregistrer une
autre séquence, tandis qu’une dizaine de techniciens
balayaient l’immense dune.

DES LIEUX DE TOURNAGE PLEINS DE SCORPIONS.

Un peu à l’écart de l’équipe principale, un cadreur
fait un plan serré sur un cobra se tortillant dans le
sable. « Ce n’est pas crédible, précise le dresseur
marocain. Ces serpents vivent dans la rocaille.
Prends plutôt une couleuvre. » Immunisé contre le
venin depuis son enfance, l’homme est aussi chargé
de déloger les scorpions des décors. « Pas la peine
de surjouer la tension. Avec de telles bestioles, on y
croit », souligne Rebecca Hampton. Le dresseur
énerve le reptile pour qu’il se cambre, puis le
rattrape in extremis par la queue alors qu’il file se
cacher dans une touffe d’herbe. Après plusieurs
essais, le cobra siffle enfin et menace la caméra...
avant d’être hypnotisé et rangé dans sa boîte.

18 heures. Le soleil se couche. Retour à l’hôtel.
Chacune dans leur chambre, les actrices révisent leur
texte. Laetitia Milot, avec un Dictaphone. Sylvie
Flepp, « en marchant, en se balançant, comme les
petites filles qui font les pieds au mur pour
apprendre leurs leçons ». Cécilia Hornus appelle ses
enfants à Paris, attentive aux observations des
bulletins scolaires, tandis que Rebecca Hampton
charge les photos souvenirs sur Facebook et chatte
avec les copains restés sur le tournage marseillais.
Après une bonne douche – double ration de savon
pour retirer la poussière –, toute l’équipe se retrouve
autour d’un verre.

On décompresse, dans une ambiance sympathique
de troupe de théâtre en tournée. On plaisante sur les
petits bobos, les saignements de nez provoqués par
la chaleur, les courbatures qui font une démarche de
cow-boy. Un regard sur la feuille de service qui
annonce le programme du lendemain : « Chouette,
on tourne de midi à 1 heure du matin ! » Laetitia
Milot aura le temps de faire des abdos devant les
DVD de gym qu’elle emporte partout. Rebecca
Hampton espère bien aller au souk « dénicher des
babouches pour Anthony Delon », son partenaire au
théâtre. Et, à part les techniciens qui installent les
décors, tout le monde pourra enfin profiter de la
piscine.
   
Paris Match, France.
  PARIS MATCH, France.
10 décembre 2009.
   
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